Que sont nos croyances ?
Pour tous ceux qui n’auraient pas eu la nouvelle, j’ai une nouvelle émission de radio présentée sur Radio Asso 100.7 intitulée « Nous sommes tous fous… alors autant en profiter pour vivre« . Vous pourrez retrouver les audios et les retranscriptions de chaque émission dans les pages de mon Blog, en vous souhaitant une bonne écoute/lecture.
Bonjour, je suis Sébastien Cazaudehore, votre hôte pour ce nouvel épisode de l’émission « Nous sommes tous fous, alors autant en profiter pour vivre » sur Radio Asso 100.7.
Dans les précédentes émissions, nous avons largement abordé la notion d’objets mentaux en tant que constituants de notre réalité et le fait que cela implique que notre réalité est donc non seulement subjective, mais surtout purement individuelle. En résumé, il n’y a pas de réalité consensuelle et elle dépend directement de ce que l’on croit que la réalité est. C’est pour cela que l’émission d’aujourd’hui est consacrée aux croyances. Et c’est un sujet qui avait tellement intéressé Jo, mon coreligionnaire radiophonique enfermé dans son aquarium, qu’il a décidé de se joindre à moi pour ces émissions.
Le fait de dire que la réalité est uniquement ce que l’on croit qu’elle est, et qu’il n’existe pas de réalité objective, est une notion essentielle, mais qui est malheureusement incomprise ou ignorée par la plupart des gens.

Nous avons une conviction presque viscérale que la réalité est consensuelle, que les autres pensent comme nous (et en tout cas, que si ce n’est pas le cas, c’est qu’ils sont bizarres), et qu’un chien est un chien et rien d’autre que ce que l’on peut voir.
Evidemment, un chien n’étant qu’un objet mental, deux personnes qui regardent le même chien ne voient pas le même chien. Cela dépendra totalement de la croyance que l’on a de ce que ce chien représente et ça ne sera pas la même chose pour une personne qui s’est déjà fait mordre violemment et une autre habituée aux labradors.
Tout s’articule donc autour de nos croyances et de la manière dont elles se sont construites, et donc tous nos comportements sont déterminés par nos croyances.
Dis-moi Jonathan, selon toi est-ce que ce sont nos valeurs ou nos croyances qui déterminent nos comportements et nos manières d’agir ?
Oui, beaucoup de personnes vont vouloir arguer que leurs comportements et leurs actions ou décisions se déterminent sur la base sur leurs valeurs, que ces valeurs sont ce qui va déterminer la qualité du comportement et des pensées d’une personne, et c’est vrai, mais avez-vous pris un instant pour vous demander comment vous aviez construit vos valeurs et pourquoi deux personnes avec une valeur identique peuvent malgré tout agir de manière très différente ? C’est justement parce que nos valeurs se définissent en fonction de nos croyances.
Avant de vous donner un exemple concret, je vais revenir rapidement sur cette notion de valeurs, ces valeurs qui sont si chères à nos cœurs.
Pour comprendre exactement la nature et le fonctionnement de nos valeurs, il faut savoir qu’il existe trois niveaux distincts de lois qui régissent notre comportement : nos valeurs, nos croyances et nos règles. Chacune de nos valeurs englobe un ensemble de croyances et chaque croyance contient tout un ensemble de règles. Ces règles vont influencer notre capacité à interagir avec les personnes qui nous entourent, ainsi que notre émotionnel en fonction des différentes situations de vie auxquelles nous sommes confrontés au quotidien. Bref, ce sont les éléments qui structurent notre représentation interne, notre état émotionnel, notre physiologie et donc notre comportement.
Notre cerveau structure nos comportement grâce à ces différents filtres, il est donc essentiel de bien comprendre comment ils fonctionnent, et de savoir lesquels peuvent potentiellement vous être dommageables.
Les valeurs sont un ensemble de critères hiérarchisés qui constituent nos repères essentiels et nous permettent de faire des choix, prendre des décisions et agir. Elles déterminent nos motivations fondamentales et donnent une direction à notre vie entre ce que l’on cherche à intégrer ou à exclure (anti-valeurs). Nous allons donc orienter et façonner notre comportement dans le but d’atteindre une satisfaction de ces valeurs. Ce sont les éléments sur lesquels notre cerveau sera le plus focalisé, c’est ce qu’il valorisera le plus.
Concrètement, c’est un ensemble de mots que chacun perçoit de manière propre et spécifique et qui s’hiérarchisent spécifiquement selon les personnes (évidemment sinon ça serait trop simple). Cela veut dire que pour une personne donnée, quelques valeurs seront placées en haut d’une liste d’importance, qu’elle attachera une signification particulière à chacune (selon ce que le mot veut dire et représente pour elle), et que l’ordre et le contenu de cette liste seront différents des autres personnes qu’elle côtoie. On pourra avoir des valeurs, famille, honnêteté et professionnalisme dans notre top 3 par exemple.
Les croyances quant à elles sont des affirmations, des convictions profondes, des certitudes personnelles que nous dégageons de généralisations issues de notre représentation interne et de nos expériences. Elles structurent et reflètent notre manière de penser et génèrent les comportements permettant de mieux satisfaire et répondre à nos valeurs. Les croyances naissent d’une généralisation que nous faisons des relations existant entre les événements et leurs contextes, et les actions et comportements des personnes, ainsi que l’impact que ceux-ci ont. Elles permettent à notre cerveau de catégoriser nos expériences et nos réponses pour une réaction plus rapide, c’est donc particulièrement utile pour faciliter la survie, l’intensité de la croyance donnant l’assurance que l’on n’aura pas de doute ou d’hésitation. Une croyance est forcément vraie puisqu’elle est rattachée à des valeurs fortes. Evidemment, la première chose que l’on comprend, c’est que cette construction est entièrement personnelle et subjective et qu’évidemment une large part de nos croyances sont totalement fausses puisque dépendant d’un contexte pour lesquels émotionnel, social, personnel pour lesquels nous n’avons que des informations partielles. Dire que telle ou telle personne est désagréable est une croyance basée sur des occurrences observées, mais on ne connait pas forcément cette personne dans son intimité, et il est parfois très facile de confondre de la timidité avec un comportement désagréable.

Nos croyances se forment donc à partir d’une répétition d’expériences donnant des résultats relativement similaires, forgeant ainsi une conviction qui renforcera les différentes valeurs. Chaque valeur a un ensemble de croyances qui lui sont liées et qui vont la définir, c’est ce que l’on appelle un système de croyances. Ces croyances peuvent être facilitantes, dans le sens où elles soutiennent la réalisation de quelque chose, au contraire limitantes, ou encore excluantes. Pour vous donner un exemple concret, si vous avez une forte valeur « Réussite professionnelle », des croyances peuvent y être associées telles que « il faut travailler dur pour réussir » ou « si on n’est pas ponctuel, on ne peut pas réussir ». Ce sont donc bien des croyances issues de l’expérience d’une personne pour tout ce qui touche à une valeur en particulier. Elle croit, elle a la conviction que ces affirmations sont vraies, mais cela ne veut en aucun cas dire qu’une autre personne avec une même valeur aura les mêmes croyances.
Jo, je sais que tu connais la notion de croyances limitantes, mais sais-tu ce qu’est une croyance excluante ?
La notion de croyance excluante est importante car elle diffère beaucoup de la croyance limitante dont on parle souvent. Le terme de croyance limitante est venu en opposition à la croyance facilitante, afin de bien distinguer ce que l’on considère comme étant positif de ce qui est positif. Cependant, dans la réalité, toutes nos croyances sont limitantes dans le sens où elles viennent empêcher l’expression d’un comportement en particulier. Si on s’empêche de mal agir parce que l’on a la croyance qu’il est important de bien agir, cela reste un limitation comportementale, si positive et bénéfique soit-elle. On se limite à certaines possibilités d’action seulement.
La croyance excluante vient non seulement englober l’ensemble des croyances sans distinction qualitative, mais surtout, elle vient prendre en compte toutes les croyances que l’on utilise au quotidien sans même s’en rendre compte. L’ensemble de notre structure sociale est basée sur des croyances excluantes. Par exemple, on a la croyance qu’il ne faut pas conduire sur les trottoirs avec sa voiture, ce comportement a été exclu par apprentissage social. Toutes nos lois sont donc intégrées comme des croyances excluantes, et d’une certaine manière, la majorité de notre apprentissage est un apprentissage négatif, c’est-à-dire par exclusion de possibilités comportementales.
C’est le fameux fais pas ci, fais pas ça que chantait Dutronc. On n’apprend jamais ce que l’on doit faire, on utilise le fonctionnement du cerveau en créant les croyances qui vont permettre d’exclure tout ce qu’il ne faut pas faire. C’est justement parce que nous avons ces croyances que l’on peut avoir la culpabilité lorsque l’on fait un bêtise, une de nos valeurs a été mise à mal parce que l’on a piétiné une de ces croyances.
J
Ce qu’il est important de bien comprendre, c’est qu’il existe une dynamique liant les nos valeurs, croyances et règles. Nous héritons de nos valeurs de nos parents et de notre éducation, parfois par transmission directe, parfois en réaction à une anti-valeur comme un enfant qui exacerbe une valeur « fidélité » en réaction aux dégâts causé par un adultère dans le couple de ses parents par exemple ; et il y a toutes les autres valeurs que nous cultivons dans notre existence. Mais cela ne dit en rien comment ces valeurs se définissent, ce qu’elles veulent dire et comment nous les mettons en application au quotidien.
Exemple des deux pères de famille ayant des valeurs similaires mais qui sont définies par des croyances différentes.
Il y a aussi l’idée selon laquelle il est possible d’avoir deux valeurs saines et souhaitables, mais dont les croyances sont en conflit, menant à une difficulté dans la vie de la personne ou à une problématique plus profonde.
Exemple d’une incompatibilité de valeurs (professionnelle et famille) du fait de deux croyances incompatibles.
En enfin, sous ces croyances, nous élaborons un ensemble de règles qui viennent régir les fonctionnements de nos croyances et de nos valeurs. Les valeurs déterminent l’esprit du jeu, les croyances sont la manière dont nous allons jouer, et viennent ensuite les règles du jeu… sachant évidemment qu’il y a les règles que l’on impose à soi-même et aux autres, en espérant que les deux ne soient pas trop différentes.
Exemple de la Valeur « professionnalisme », de la Croyance « ponctualité » et de la règle définissant la durée possible.
J’imagine que vous commencez à me voir venir de loin à présent, évidemment que je vais vous dire que nous sommes tous fous ! Nous sommes fous de nous attacher à nos croyances comme des vérités absolues alors qu’elles ne sont que des constructions arbitraires et subjectives, nous sommes fous de nous glorifier de nos valeurs sans même réellement réaliser comment elles se construisent et ce qu’elles impliquent. Si nous ne revisitons pas nos propres structures, que l’on ne comprend pas cette dynamique entre Valeur/Croyance/Règle, alors on ne comprend pas comment et pourquoi nous agissons, nous sommes les marionnettes de nos propres inconscients. L’ignorance est la cause de toutes les souffrances rappelait le Bouddha, et cette ignorance de nous-mêmes est la manière dont nous construisons nos propres souffrances. Mais je pense qu’il sera nécessaire de dédier une prochaine émission à cette idée de souffrance, celle-ci semble avoir trop souvent la part belle de nos existences.





















