Ep 01 : Déclaration d’intention
Pour tous ceux qui n’auraient pas eu la nouvelle, j’ai une nouvelle émission de radio présentée sur Radio Asso 100.7 intitulée « Nous sommes tous fous… alors autant en profiter pour vivre« . Vous pourrez retrouver les audios et les retranscriptions de chaque émission dans les pages de mon Blog, en vous souhaitant une bonne écoute/lecture.
Cette première émission se veut être un déclaration d’intention, une sorte d’introduction liminaire pour les amoureux des pléonasmes. Cette déclaration vient poser une base, une première pierre sur lequel nous allons ensuite élever une réflexion ensemble, elle vient raconter un début d’histoire qui va faire le lien avec toutes les histoires à venir. Mais surtout, elle vient clamer haut et fort que nous sommes tous fous !
Quelle étrange affirmation ! N’est-pas là une proclamation que l’on pourrait percevoir comme étant presque insultante, étant à la fois une insulte à notre égo parce qu’après tout nous avons décidé il y a déjà bien longtemps que ce sont les autres qui sont fous, qui ont des problèmes et qui ne comprennent rien à ce qui se passe dans le monde, mais aussi une insulte à notre intelligence, car notre manière de voir et d’appréhender le monde est la seule certifiée comme étant saine, cohérente, logique et rationnelle.
Et puis après tout, nous n’agissons pas comme des fous, alors il est impossible que nous le soyons. On le sait, puisque nous avons appris et on nous a appris à reconnaitre les fous : ce sont toutes ces personnes qui se baladent avec un entonnoir sur la tête. Ce sont toutes ce personnes qui ont un comportement étrange, dérangeant, incohérent et qui vient heurter notre logique ou nos valeurs.

Et pourtant, bien que nous agissions dans le monde en nous entourant d’autres personnes que l’on considère comme étant saines d’esprit, nous ne parvenons que difficilement à atteindre la sérénité que l’on souhaiterait voir dans nos vies, et on se retrouve trop souvent plongés dans des situations de vies inconfortables et même irrationnelles. On se retrouve face à des gens qui rejettent nos comportements en les taxant d’illogiques, d’incohérents, d’irrationnels et de dérangeants… serait-il possible que l’on puisse parfois laisser une certaine folie s’immiscer dans notre vie sans même s’en rendre compte ? Serions-nous toujours le fou de quelqu’un autre ?
Et si l’on considère que certains sont légèrement fous, tandis que d’autres sont profondément envahis par leur propre folie, alors la folie n’est plus un état absolu, mais un fonctionnement individuellement pouvant être quantitativement jaugé et qualitativement jugé. Nous sommes jaugés comme étant plus ou moins fous, et notre folie est jugée comme étant plus ou moins problématique pour les autres et la société qui nous entoure.
Alors nous jugeons la folie, celle qui rime avec entonnoir et camisole, en essayant de la reléguer dans un coin sombre de nos réalités sociales, dans un endroit suffisamment éloigné de nous pour que l’on ne se sente pas menacé par sa présence. On voudrait scinder la population en deux catégories simples et parfaitement distinctes : les fous et les non-fous, les gens normaux et les anormaux ; basant ce jugement sur différents critères touchant généralement au fait de savoir comment et à quel point l’autre nous gêne, nous dérange, nous pollue l’existence, ou nous pose problème.
Fut un temps, il n’y avait que des fous pour aller voir un psy, mais fort heureusement la folie a fait bien du chemin depuis, et il n’y a plus de problème même à dire que l’on se fait suivre. Nous avons même pensé à banaliser certains termes qui auraient été effrayants autrefois, et ce n’est plus trop embarrassant de dire que l’on est dépressif (même si on préférera dire que l’on fait une dépression), c’est acceptable de dire que l’on fait un burn-out (parce que c’est tellement plus classe quand on le dit en anglais), que l’on s’est fait arrêter par son psychiatre,… et ce qui dans l’opinion populaire était autrefois réservé aux résidents de cellules capitonnées en est venu à faire partie de notre quotidien. Où se trouve la limite de cette folie lorsque l’on sent qu’elle s’immisce insidieusement dans nos existences ? Quand as-t-on officiellement glissé du côté obscur de l’acceptation sociale ?
Nous faisons parfois des choses que nous ne voudrions pas faire, nous avons des pensées que l’on a parfois peur d’exprimer, nous croyons que les autres voient ou pensent certaines choses de nous, allant jusqu’à influencer la relation que l’on entretient avec soi, nous plaçons des attentes sur d’autres personnes ou objets comme autant d’identifications qui nous servent à déterminer notre propre valeur,… nous croyons percevoir la réalité du monde, alors que l’on ne fait que percevoir le reflet de ce que l’on croit que cette réalité est.
Jusqu’où la folie se serait-elle immiscée ? Et si elle avait toujours été là, faisant partie intégrante de nos fonctionnement au point qu’elle est devenue la normalité et que nous ne la percevons plus ? Alors on croit que l’on est plus important au volant d’une grosse voiture, plus élégant avec certaines étiquettes attachées derrière nos cols, que l’on a plus ou moins de valeur selon le chiffre annoncé sur notre compte en banque, que nous sommes plus ou moins contents et heureux suivant le diamètre d’une télé et la quantité de choses que l’on a réussi à accumuler,…
Et si la vraie folie prenait racine dans nos vies simplement lorsque l’on pense que l’on parvient à être, à être quelqu’un, à être soi, juste parce que nous arrivons à faire ou à avoir ? Confondre être et avoir revient à dire que ne pas réussir à avoir, ou même à ne pas avoir assez selon les critères de chacun, impactera négativement la qualité de notre être, ce qui est le moyen le plus sûr d’inviter la souffrance dans son existence, lui permettant même parfois d’être accompagnée par la dévalorisation, le ressentiment, le rejet, le dénigrement,… l’incomplétude… nous ne sommes plus assez bien, assez beaux, assez bien habillés, assez intelligents,… plus assez !
Cette émission de radio n’est pas une éloge de la folie telle que la proposait Erasme, mais plutôt un procès de la normalité alors qu’elle vient essayer de décider dans toute sa subjectivité naturelle de nous dire comment nous devons penser et agir dans ce monde. Nous savons qu’il existe cette pression sociale nous demandant d’être les plus normaux possibles, mais il n’existe pourtant aucunes règles nous permettant de quantifier ou qualifier cette normalité. Alors nous devons nous en remettre à notre jugement personnel lorsque nous observons les autres pour faire cette détermination et ajuster nos pensées et comportements en réponse. C’est alors que nous ouvrons un peu plus la porte à notre propre folie sans nous en rendre compte, car nous devons alors juger ce que nous croyons qui se passe dans la réalité d’une autre personne, en fonction de nos propres croyances construites sur des expériences parfois anciennes, pour ensuite déterminer s’il s’agit de quelque chose d’acceptable ou pas. C’est le paradis de la subjectivité !
On insulte celui qui nous fait une queue de poisson, sans même réaliser que l’on s’énerve tout seul derrière son volant sans même considérer la possibilité que l’autre ne l’a fait exprès ou si même il nous avait vu… et pire, sans prendre une seconde pour se demander si cela ne nous est pas déjà arrivé de le faire. Nous vivons tous dans notre propre monde, dans notre propre réalité, avec des codex de codes et de lois qui ne sont que des interprétations de ce que l’on croit que la société demande. Dans cette réalité, nous sommes seuls, tout en étant persuadé que tout le monde doit ou devrait partager notre manière de voir les choses, notre réalité, ne serait-ce que parce que c’est la seule valable et acceptable. Nous sommes tous rois en nos royaumes, n’hésitant pas à passer jugement et justice sur tout impudent osant dévier de ce que l’on croit être la norme acceptable et acceptée. Mais à trop s’enfermer dans nos royaumes, et surtout à trop facilement oublier que les réalités des autres existent et sont différentes, alors les frontières de notre royaume se resserrent inéluctablement sur nous, et nos croyances et notre normalité se rigidifient peu à peu, nous cantonnant un peu plus dans nos peurs.
Plutôt que penser que nous sommes tous normaux, sachant finalement que c’est une source inépuisable des souffrances et de tourments, n’est-il pas alors plus simple de penser que nous sommes tous fous ? Ne serait-ce pas alors la seule manière d’aborder la réalité qui puisse être réellement réconfortante et rassurante ? Nos conflits, nos difficultés, tout ce qui vient rendre nos vies inconfortables est lié à cette fameuse normalité, à la relation que l’on entretien avec. On se juge en fonction d’une normalité qu’il est pourtant impossible de définir ou quantifier réellement, ce qui veut dire que l’on se juge soi-même en fonction de ce que l’on croit que la normalité peut ou devrait être, ces croyances étant parfois issues du jugement des autres… et nous ne serions pas fous ?
Comprendre notre propre folie, l’accepter, et percevoir sa dynamique devient alors une nécessité pour se comprendre soi-même et avoir une chance de pouvoir être et exister sans dépendre de ce que l’on fait ou de ce que l’on a. Il est de mise de devenir des explorateurs de notre propre folie, d’apprendre à la connaitre et à devenir suffisamment intimes avec elle et notre propre réalité pour comprendre comment l’aimer, comment nous aimer nous-mêmes.
C’est cette exploration que je vous propose de faire au cours de ces émissions, en abordant des thématiques oscillant entre réalités sociales, neurobiologie, et psychologie, le tout enrobé d’une fine couche de philosophie. Sujet après sujet, nous allons visiter l’antre de la folie humaine pour comprendre ce qui nous rend aussi merveilleux et exceptionnels tout en pouvant potentiellement nous infliger les pires souffrances et révéler nos pires travers. Nous oscillons nous-mêmes entre ces polarités, parfois dans la fuite de nos vies lorsqu’elles semblent nous échapper, parfois dans la poursuite des illusions que nous nous créons dans l’espoir de nous rapprocher d’un bonheur que nous avons trop souvent du mal à définir clairement.
Alors je vous invite à me rejoindre dans cette Odyssée pour naviguer les eaux parfois troubles et tumultueuses de nos esprits. Nous n’allons pas chercher à faire une éloge de notre folie, mais juste d’apprendre à la connaitre, à la reconnaitre et comprendre quelle place elle occupe dans nos existences. Cette éminence grise qui détermine une large portion de nos comportements et manières de penser n’est pas un problème et certainement pas un obstacle au bonheur et au bien-être de chacun. Cependant, nous essayons trop souvent de vivre sans comprendre comment nous fonctionnons, sans comprendre la dynamique même de nos cerveaux, et c’est ce décalage entre la réalité dans laquelle nous croyons vivre et celle dont nous n’avons pas conscience qui fait que nous avons parfois tant de difficultés à gérer les réalités sociales, et celles d’autres personnes, sans craquer ou s’effondrer.
Alors pourquoi ce titre donné à cette émission de radio ? « Nous sommes tous fous, alors autant en profiter pour vivre ». C’est justement parce que nos fonctionnements, aussi problématiques qu’ils soient et pouvant nous infliger tant de désagréments, ces fonctionnements sont aussi la clef de la libération de nos esprit, d’une véritable atteinte de liberté, peut-être même de bonheur si nous prenons le temps de définir ce qu’est le bonheur. Chaque émission va venir aborder une thématique touchant à ces fonctionnements, nous permettant de prendre conscience que nos vies se construisent sur des bases dont la logique et la cohérence nous échappent parfois, et c’est ce qui va nous permettre de renouer avec ces parts de nous-mêmes pour ne plus les subir sans les comprendre.
C’est là que réside notre pouvoir et notre capacité à atteindre ce bonheur, « dis-moi qui tu es et je te dirai comment tu vis »… mais si tu ne sais pas qui tu es, comment vis-tu avec toi-même ? Alors nous allons méthodiquement décortiquer, et dépiauter tous nos fonctionnements pour parvenir à les analyser et réfléchir à leur impact dans nos vies, comprendre leurs réalités pour comprendre leur influence. « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux » disait Socrate lorsqu’il souhaitait que notre pensée et notre être devienne un sujet d’interrogation et de réflexion, comme la clef que nous détenons pour enfin vivre et s’épanouir. Alors je vous invite à nous accompagner dans cette exploration sur Radio Asso, et pour chaque émission vous pourrez retrouver le texte complet sur le site de la Radio. En attendant, je vous dis à bientôt et je vous souhaite d’embrasser pleinement votre folie pour qu’elle vienne libérer vos esprits et éclairer vos vies.






















