Nous sommes tous fous… Ep 09 : Les jugements de valeur

Bonjour à tous, je suis Sébastien Cazaudehore et je vous retrouve sur Radio Asso 100.7 pour un nouvel épisode de notre émission « Nous sommes tous fous, alors autant en profiter pour vivre ».

Puisqu’avec la métaconscience de l’émission précédente on parlait d’attributs naturels qui régissent les fonctionnements de notre cerveau, en voici un autre que je voulais présenter pour l’émission d’aujourd’hui : les jugements de valeur.

Les personnes qui affirment qu’elles ne jugent pas… hehehe, sachez que ce n’est pas vrai, elles essayent de s’en empêcher, au mieux elles ont appris à réviser leur jugement rapidement, mais dans les faits elles ont jugé, et si elles ont pris le temps de dire qu’elles ne jugent pas, c’est souvent que le premier jugement n’était pas reluisant.

Mais la culpabilité n’est pas le bon moteur d’une correction de jugement. On doit accepter nos fonctionnements si l’on veut espérer les modifier. Plutôt de culpabiliser d’avoir pensé quelque chose, il faut nécessairement ramener cela à soi : pourquoi est-ce que j’en suis venu à penser cela ? Qu’est-ce que cela me renvoie ? Quelle partie de moi est en résonnance avec ce que je viens de juger ?

Généralement on va retrouver une peur ou une envie sous-jacente. On juge une personne parce qu’elle fait ou dit quelque chose que l’on aimerait soi-même pouvoir faire ou dire tout en restant bloqué sous le coup d’une interdiction que l’on s’impose, que cela soit au travers d’une croyance, ou d’une peur justement. Ou au contraire, ce qu’elle fait ou dit vient se heurter à l’une de nos vulnérabilités, une incomplétude, une insécurité… bref, une peur. Dans le deux cas et comme je l’ai de nombreuses fois répété dans cette émission, ce n’est pas l’autre le problème, c’est notre manière de percevoir les choses dans un relationnel avec soi.

Alors le jugement de valeur devient un mécanisme de défense qui nous enfonce un peu plus dans la survie. Cela devient le combustible qui alimente l’envie et les peurs. On blâme les autres, on est dans le rejet d’eux ou de soi, et on accentue un peu plus la division avec le monde dans lequel nous vivons. C’est ce qui va alimenter l’exclusion dans un monde où justement nos pensées devraient devenir inclusives.

Chaque jugement de valeur abrite une de nos croyances. Ce n’est pas comme cela que l’on devrait se comporter, c’est beau, c’est moche, non mais tu as vu comment elle est habillée ? tu te rends compte de ce qu’il a pu dire ? je ne comprends pas qu’il ne vote/pense/parle/agit comme moi !… et finalement tout ce qui vient exprimer une idée de « Ils sont pas comme nous ces gens-là » !

On croit en l’existence absolue de notre petite normalité personnelle et on est choqué ou on se recroqueville à chaque fois que l’on croise un individu qui vient piétiner cette vérité avec ses comportements, ses paroles ou sa chemise à fleurs d’hippy bariolée.

Mais pourquoi est-ce que j’affirme que le jugement de valeur est un processus naturel, sain, nécessaire et surtout inévitable ? Tout simplement parce qu’il s’agit d’une fonction vitale de notre cerveau qui doit en permanence être capable de déterminer si quelque chose de son environnement peut potentiellement représenter un danger pour sa survie, c’est un système d’évaluation d’un danger potentiel. Et s’il ne connait pas cette chose ou cette personne, il va alors faire une évaluation systématique de tous les aspects de cette chose, jusqu’à pouvoir se faire une idée approximative, il va analyser les différentes composantes de cette nouveauté pour essayer d’y trouver un ou plusieurs éléments suffisamment familiers pour faire cette évaluation. Le but est simple : catégoriser ce qui est observé dans deux groupes : problématique ou utile. Ce qui va évidemment entrainer une réponse de type rejet/attirance influençant le comportement de la personne.

Tout ce que votre cerveau perçoit dans son environnement est systématiquement comparé aux informations qu’il a accumulées, qui sont issues des expériences passées. Ce processus se fait de manière totalement inconsciente pour vérifier dans quelle catégorie ce qui est perçu doit être classé : ce que l’on connait et qui ne pose aucun risque, ce que l’on a déjà croisé et qui est un danger, ce que l’on ne connait pas.

Dans le cas d’un danger connu, que cela soit un rival dans un bureau ou un serpent dans une forêt, du fait d’expériences passées, soit le cerveau connait la solution la mieux adaptée à ce danger en fonction de ses expériences passées, soit il devra s’en remettre à des réactions plus instinctives, telles que la fuite, la lutte ou la sidération. Donc on sera en un instant capable d’adopter une attitude froide et distance avec cette personne, ou sauter le plus possible loin de la branche tordue que l’on a confondue avec un serpent.

Pour ce qui est inconnu, c’est un peu plus compliqué, et notre cerveau n’aime pas les surprises, nous avons donc une sorte d’inconfort avec tout ce qui est trop nouveau ou trop différent justement parce que ce n’est pas encore catégorisé correctement et que notre objet mental n’est pas défini de manière fonctionnelle. Le premier réflexe inconscient face à tout ce qui est inconnu sera donc la méfiance voire le rejet pour les personnes les plus sensibles. Logiquement, cela ne met pas dans de bonnes dispositions à l’égard de ce que l’on rencontre, et cette disposition va influencer le jugement de valeur initial.

Face à l’inconnu, le cerveau va donc essayer de faire des comparaisons à ce qui pourrait y ressembler, qui est relativement similaire ; s’il s’agit d’un être vivant, il va analyser son comportement pour tenter d’y reconnaitre quelque chose de problématique qui aurait déjà été observé chez quelqu’un d’autre auparavant ; bref, il va tout décortiquer, analyser, comparer, extrapoler,… pour essayer d’élaborer un jugement le plus juste possible… qui sera évidemment totalement subjectif, et teinté d’un préjugé basé sur d’anciennes expériences avec d’autres personnes.

Le problème, c’est que cette conclusion doit être faite le plus rapidement possible et le mieux possible, dans la nature, on n’a pas le droit à l’erreur, un mauvais jugement peut avoir des conséquences fatales. On n’a donc pas le temps d’avoir une pensée rationnelle, consciente et humaine que le jugement de valeur est déjà passé et la disposition émotionnelle est en place. Encore une fois, lorsque le cerveau ne parvient pas à faire une détermination suffisamment claire, la disposition sera plutôt négative, incitant la personne à la méfiance et la distance, c’est le principe de précaution, on ne prend pas de risque.

Le jugement de valeur est un fonctionnement animal, hérité de l’évolution, nous devons réussir à évaluer des traits de caractère d’autres personnes pour évaluer la menace que le nouveau commercial qui vient d’arriver dans l’entreprise représente pour notre chiffre à la fin de l’année, et s’il ne risque pas d’essayer de me piquer mon os… mon client pardon. Oui, on n’est pas beaucoup mieux que les autres animaux, sauf que là, on doit réussir à juger de valeurs subjectives, abstraites, virtuelles ou même symboliques. La pression est la même, le fonctionnement est le même, et comme il est généralement presque impossible de déterminer quelles sont les valeurs d’une personne juste en la regardant fixement, la méfiance et le rejet sera la réponse que l’on choisira trop souvent.

Un premier problème est que ce jugement de valeur se fait forcément en fonction de nos référents propres et pas en fonction de la réalité de la personne que l’on observe. On se base sur la manière dont la personne se comporte et on tire des conclusions qui seront mémorisées. Outre le fait que la personne a pu agir comme elle l’a fait pour des raisons qui peuvent être très valables (au moins de son point de vue), nous devons nous baser sur nos règles, croyances et valeurs pour déterminer ce que l’on va penser de cette personne. Nous sommes donc dans une double subjectivité, ce qui multiplie fortement les chances de se tromper (ce qui arrive très souvent vous en conviendrez). Le jugement de valeur est un processus inconscient et presque instantané, il devient excessif et dommageable lorsqu’il est consciemment conditionné sur des éléments spécifiques qui visent à cataloguer des personnes en fonction de ces éléments (n’ayant rien à voir avec le vital).

Partant de ce principe, si l’une de vos croyances consiste à penser que pour avoir une bonne estime de soi, vous devez être mieux que les autres… vous allez difficilement réussir à voir ce qu’il y a de mieux chez les personnes que vous rencontrez. Et selon l’importance que représente cette croyance, vous allez systématiquement entrainer votre cerveau pour qu’il repère ce qui cloche chez tout le monde. Ce comportement est clairement excessif, mais pas si rare que cela malheureusement.

Si vous ne vivez pas en milieu hostile, entouré de tribus ennemis de coupeurs de têtes et cannibales, le jugement de valeur négatif par recherche systématique de ce qui peut représenter un danger chez l’autre, est une charge excessive pour votre cerveau, et une véritable source de pollution sociale et personnelle. Dans cette approche, le contexte sera très important, car l’autre ne représentera pas la même chose selon qu’il évolue dans un contexte personnel ou professionnel par exemple. Dans un contexte professionnel, l’autre pourra aussi bien représenter une source de coopération ou de compétition.  Avez-vous vraiment envie et besoin de vous compliquer l’existence et de vivre dans la méfiance de votre prochain ?

Il est très probable que vous bénéficierez bien plus d’une meilleure capacité à exercer votre jugement de valeur, s’il était systématiquement conditionné pour repérer les éléments qui vont dans le sens d’une qualité relationnelle accrue. Ces conditionnements vont pouvoir venir enrichir votre capacité d’évaluation, mais cela ne pourra jamais altérer ses capacités premières vous permettant de repérer un danger pour la survie. Si d’autres éléments peuvent être ajoutés, ceux-ci sont inaltérables. L’idée est simple, vous reconditionnez votre cerveau avec deux objectifs :

  • Le convaincre de chercher ce qu’il y a de bien chez les autres dans le but d’en bénéficier sur un plan social, ou même professionnel d’ailleurs.
  • Faire une réévaluation non-reflexe des conclusions initiales données par votre inconscient pour vous permettre de relativiser les choses et de proposer d’autres options possibles.

Ces deux objectifs sont similaires si ce n’est qu’ils constituent une approche un peu différente. Dans le cas du premier, le conditionnement se porte sur ce que vous cherchez chez les autres, votre cerveau cherche les bénéfices plutôt que les dangers. Dans le deuxième cas, le conditionnement se porte sur la remise en question raisonnée de vos premières impressions. Les deux options sont parfaitement valables, il vous revient de choisir ce que vous préférez, mais sachez qu’en aucun cas cela ne risquera d’affecter vos capacités à faire une évaluation d’un danger réel, votre cerveau ne peut pas lâcher cette aptitude, elle est trop profondément liée à sa survie.

Il existe de nombreux outils pour parvenir à atteindre ces objectifs :que cela soit par reconditionnement, ancrage, un questionnement de meilleure qualité, pour les personnes intéressées, je vous invite à retrouver tous ces outils et techniques dans mon livre « Eduquez votre cerveau ». Ce n’est pas très compliqué à mettre en place, et les bénéfices sont nombreux :

  • Vous aurez plus de facilité à faire du lien, vous serez plus sympathique, plus avenant et plus facile d’accès ;
  • Votre émotionnel sera moins assailli par la méfiance, le rejet ou même la peur ;
  • Vous ne perdrez plus de temps à vous méfier de personnes qui pourraient au contraire vous apporter beaucoup de bonnes choses ;
  • Vous prendrez plus facilement le temps d’évaluer correctement les caractéristiques subjectives d’une personne et de savoir comment ajuster votre comportement au mieux.

Bref, vous reprenez un semblant de contrôle sur vos fonctionnements biologiques hérités des autres mammifères, vous quittez cette folie qui vous entrave pour vous ouvrir à une vie en conscience.

C’était Sébastien Cazaudehore pour Radio Asso 100.7

Je vous rappelle que vous pourrez retrouver cette émission en replay sur le site de Radio Asso, ainsi que la retranscription intégrale du texte.

En attendant de vous retrouver pour une prochaine émission, je vous dis à bientôt et vous souhaite d’embrasser pleinement votre folie pour qu’elle vienne libérer vos esprits et éclairer vos vies.

Abonnez-vous à mon blog :

Nom
Email
Loading

Catégories des articles du blog :

L'inconscience de l'amour