Nous sommes tous fous… Ep 08 : Métaconscience, le salut du schizo

Métaconscience, le salut du schizo

Bonjour à tous, je suis Sébastien Cazaudehore et je vous retrouve sur Radio Asso 100.7 pour un nouvel épisode de notre émission « Nous sommes tous fous, alors autant en profiter pour vivre ».

Voici plusieurs épisodes que je ressasse et explique pourquoi nous sommes tous fous, et comment notre folie impacte nos existences et notre manière de percevoir le monde. J’ai raconté comment et pourquoi nous avions tendance à laisser nos fonctionnements inconscients diriger nos vies et nous plonger dans les souffrances que l’on rencontre… que l’on crée si je veux être pointilleux. Notre folie est finalement de faire le choix de la passivité et de l’ignorance face à ces fonctionnements, tout en ne manquant jamais une opportunité de nous plaindre des conséquences évidemment.

On construit des croyances qui viennent ensuite nous pourrir l’existence, on s’accroche à des constructions mentales qui induisent des dévalorisations, on vit nos vies en fonction de nos peurs, on construit des relations sur la base de nos incomplétudes et de nos manques, et on essaye désespérément de remplir nos existences avec toutes les distractions qui nous permettront de ne plus trop sentir que l’on a peur ou que l’on souffre. Et notre folie ultime est de nous déresponsabiliser de nos propres fonctionnements et de vouloir en imputer les conséquences aux autres, dieu ou l’univers, comme s’ils étaient déterminés à focaliser leur attention sur nous avec la volonté sadique de nous nuire.

Nous sommes des créateurs qui avons laissé s’échapper notre création, nous sommes nos propres monstres de Frankenstein que l’on n’arrive plus à contrôler et à dresser pour qu’il obéisse à nos envies et nos désirs. Cette peur de voir la création échapper à son créateur est une thématique récurrente dans la littérature, depuis le monstre de Mary Shelley, aux Robots de Karel Čapek[1]. Cela nous touche et nous effraie car nous sommes cette création, nous sommes ces monstres qui essayent désespérément d’exister et de comprendre qui ils sont. Et le désespoir, la peur et la confusion atteignent leur paroxysme lorsque l’on se résigne à tout faire pour avoir, pour accumuler, pour entasser, dans l’espoir que cela nous donnera l’impression de parvenir enfin à être.

La bonne nouvelle, c’est que ce qui cause notre folie, et par extension une bonne partie de nos tourments et souffrances, est aussi la clef de ce qui nous permet d’accéder au bonheur et à une vie plus simple et légère. Comme je le disais dans une émission précédente, la souffrance est un choix, nos vies sont les résultantes de nos choix conscients et inconscients. Effectivement, si l’on s’en remet uniquement à déléguer nos existences à nos choix inconscients, il va falloir vraiment être certain qu’on n’a pas laissé de vieux dossiers trainer dans un coin de notre cerveau, qu’il ne reste plus de fonctionnements conditionnés autour de peurs obscures et anciennes, sinon, c’est le retour de bâton assurer, et nos vies vont inévitablement s’éloigner de ce à quoi nous aimerions qu’elles ressemblent.

Alors, la solution, notre porte de sortie, sera justement d’utiliser notre propension à la folie à bon escient. L’idée de cette émission est alors de dire que puisqu’on est fous, alors autant que ça serve. Et il existe un outil qui est presque exclusivement propre à l’être humain, une capacité merveilleuse et malheureusement trop souvent inexploitée, en tout cas pas assez à notre profit : notre métaconscience.

La métaconscience est probablement ce qui fait l’intelligence humaine, et surtout, c’est ce qui est souvent considéré comme étant la plus haute forme d’intelligence chez les êtres humains. Nous avons plusieurs types d’intelligences, à commencer par une intelligence phénoménale consistant à gérer tout ce qui se passe dans notre corps et notre environnement, c’est une intelligence simple, animale, celle qui nous attache à un principe de causalité physique et émotionnel. Nous avons une conscience, celle qui nous permet de pondérer, d’extrapoler, d’imaginer, celle qui nous permet de constater que l’on existe, et surtout, celle qui nous permet de faire l’expérience du monde, de la vie et de nous-mêmes.

Puis vient notre métaconscience, cette intelligence qui nous permet justement d’être conscient que l’on est conscient. Il ne faut pas tomber dans le piège de confondre cela avec le sens de l’agence tel que le décrit la neurobiologie et qui consiste à nous donner l’impression et la sensation qu’une pensée ou un choix est conscient alors que cela ne vient que masquer un fonctionnement inconscient. Je pense d’ailleurs qu’il faudra que je lui dédie quelques minutes d’antenne un jour, celui-là est particulièrement insidieux dans nos vies et nos cerveaux. On en reparlera.

Non, la métaconscience est une sorte de dissociation de la conscience dans laquelle nous devenons observateurs de nos vies. C’est-à-dire que plutôt que de remettre la responsabilité de jauger et juger nos comportements, pensées ou opinions à ce que nous renvoient les autres, nous allons le faire nous-mêmes. C’est justement pour cette raison que j’ai appelé l’émission d’aujourd’hui « Métaconscience, le salut du schizo », parce qu’effectivement, il y a une idée légèrement schizophrénique dans ce principe dissociatif de la conscience. Ce n’est quand même pas exactement l’idée d’une petite voix dans la tête appartenant à une autre personnalité distincte, mais cela demande de se mettre consciemment en retrait de soi-même et de s’observer depuis cette position neutre et indépendante.

Ce que l’on fait en réalité, c’est de mettre l’objet mental de nous-mêmes à distance, et de l’observer comme s’il s’agissait d’une autre personne. On observe ses comportements, ses réactions vis-à-vis d’autres personnes ou situations, ses pensées, ses réactions émotionnelles,… et on les juge. Mais ce jugement devrait être passé sur la base de cette idée du bien et de l’excellence dont je parlais dans l’émission précédente sur le bonheur. On devient ainsi un critique implacable et exigent, et dès l’instant on réalise que ce que l’on a pu penser, dire ou faire n’ira pas dans le sens de la personne que l’on souhaite être, cela appellera à un recadrage immédiat.

On utilise facilement ce processus, mais généralement pour se faire du mal, se dénigrer, ou émettre un jugement de valeur négatif nous concernant en réponse à ce que l’on observe chez les autres. Ici, nous avons un objet mental de nous-même, un modèle de nous-mêmes que l’on observe, et un objet mental de la personne que l’on souhaite devenir… à chaque décalage entre ces deux images, on passe un jugement et on corrige une attitude ou un comportement que l’on considère comme étant inapproprié ou dommageable.

L’homme est capable de se dissocier de ses propres actions et d’apprécier la qualité de ses comportements, parfois suivant des critères très manichéens de bien et de mal, mais il peut considérer une dimension éthique pour chacune de ses actions, et même anticiper cette considération. C’est justement ce qui est permis par cette métaconscience qui nous permet de considérer nos propres actions comme un objet extérieur que l’on pourra analyser et soumettre à des jugements de valeur.

En cela, on dépasse l’instinct animal exempt de considération éthique qui ne permet pas d’évolution des comportements. Il s’agit d’une conscience abstraite dissociée, l’abstraction étant justement possible grâce à cette dissociation. C’est en cela que l’on utilise notre propre folie pour notre bénéfice. Quoi qu’il arrive, l’expérience est subjective, comme un reflet de la réalité de chacun, mais il est alors possible de devenir nos propres Jiminy Cricket. Nous sommes non seulement phénoménalement conscients, c’est-à-dire que l’on sait ce que c’est que d’être dans un état particulier, les états conscients pouvant inclure les expériences perceptives, les sensations corporelles, les images mentales, les expériences émotionnelles, les pensées,… mais on a en plus la capacité de créer nos propres états, et même de les imaginer.

A partir de là, nous quittons effectivement la conscience uniquement animale pour entrer dans une notion de conscience humaine, celle qui lui permet enfin d’envisager sa propre condition en tant qu’individu et comment cette condition s’inscrit dans un contexte qui le dépasse et qui dépasse sa simple existence. Un être humain sans métaconscience est justement ce qui a inspiré la notion de zombie philosophiques (aussi appelés p-zombies et qui ont ensuite mené à la naissance des zombies hollywoodiens). C’est George Stout en 1921 qui a fait la première description d’un monde qui sera qualifié plus tard de « monde-zombie » : un monde imaginaire où les processus physiques sont identiques aux nôtres de telle façon que les êtres humains se comportent et agissent exactement de la même manière que dans la réalité, sauf que dans ce monde-là, les êtres humains ne sont pas des êtres conscients et ne ressentent absolument rien. Ce concept est très différent de l’image que l’on a aujourd’hui des zombies du cinéma, un p-zombie n’était pas un mort-vivant, sinon une entité non-morte donnant l’illusion d’être en vie.

Cette idée de métaconscience subjective est donc importante, et elle a des implications particulièrement intéressantes, car elle demande à ce qu’il y ait une dissociation de soi-même. La personne devient observatrice des manifestations de sa propre conscience. Dans cette perspective, la conscience peut être définie comme étant la faculté de connaître sa propre réalité extérieure et intérieure et de la juger. Autrement dit, la conscience correspondrait à la connaissance qu’a l’esprit de ses propres états permise par une sorte de dédoublement, une distanciation vis-à-vis de soi-même. Cela se traduit par une métacognition, une cognition sur la cognition, qui est un phénomène qui consiste à avoir une activité mentale sur ses propres processus mentaux, de pouvoir penser sur ses propres pensées[2]. Cette dissociation à l’origine de la métaconscience est possible parce que l’on est capable de créer un objet mental de soi-même, d’entrer dans une abstraction totale. En étant observateur de sa propre conscience, la confrontation systématique de nos expériences et de nos objets mentaux prend une toute nouvelle dimension, et cela nous permet d’aborder de nouvelles expériences non seulement avec une dimension temporelle élargie, mais en plus avec une dimension subjective permettant l’extrapolation vers des résultats possible et qui n’auraient pas été envisagés auparavant. On dépasse la notion de conscience comme connaissance qu’a l’esprit de ses propres états pour atteindre une connaissance des états possibles, bien que n’ayant jamais appartenus à l’expérience. C’est ce qui va notamment permettre à l’individu d’avoir une connaissance précise de quand et comment utiliser des stratégies spécifiques d’apprentissage ou de résolution de problèmes.

Avec cette métaconscience, nous entretenons une relation avec nous-mêmes sur cette base d’excellence. En observant et en jugeant nos pensées et nos actions, nous allons inévitablement être tenté d’écarter tout ce que n’ira pas dans le sens de la personne que l’on souhaite être et montrer au monde, et justement tendre vers tout ce qui nourrit cette personne. Ce à cela que Don Miguel Ruiz faisait allusion lorsqu’il disait qu’il fallait que notre parle soit toujours impeccable, c’est ce dialogue intérieur qui doit être impeccable si l’on veut que notre relation à nous-mêmes nous permette d’atteindre l’existence dont nous avons envie et pas celle dont nous avons besoin en lien avec nos diktats inconscients.

C’est ça le salut du schizo, cet incroyable bénéfice que l’on a à dédoubler notre personnalité en prenant un pas de recul de notre Moi et s’engager dans un dialogue interne intransigeant.

Alors prenez un moment pour engager la conversation et vérifier que vos pensées et vos actions vous donnent entièrement satisfaction et fierté, et qu’elles vous mènent bien vers l’excellence que vous méritez et le bonheur auquel vous aspirez. Sinon, il y aura un peu de ménage à faire.

C’était Sébastien Cazaudehore pour Radio Asso 100.7

Je vous rappelle que vous pourrez retrouver cette émission en replay sur le site de Radio Asso, ainsi que la retranscription intégrale du texte. Si d’ailleurs vous désirez approfondir la question, je peux vous renvoyer à mon livre « Les tribulations d’un inconscient incompris ».

En attendant de vous retrouver pour une prochaine émission, je vous dis à bientôt et vous souhaite d’embrasser pleinement votre folie pour qu’elle vienne libérer vos esprits et éclairer vos vies.


[1] L’écrivain tchèque Karel Çapek est le créateur du mot « robot » dans une de ses pièces de théâtre en 1920 (R. U. R. [Rossum’s Universal Robots]).

[2] La métacognition étant la composante des connaissances sur la cognition et de la régulation de la cognition

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