Qu’est-ce que la souffrance ?
Chers auditeurs bonjour, je m’appelle Sébastien Cazaudehore et je vous retrouve aujourd’hui pour un nouvel épisode de l’émission « Nous sommes tous fous, alors autant en profiter pour vivre ».
L’émission d’aujourd’hui va tourner autour de la question de la souffrance, de nos souffrances. Lorsque je parle de souffrance, je ne fais pas allusion à la douleur, si vous vous coincez le doigt dans une porte, vous n’avez pas le choix d’avoir mal, sans pour autant que cela ne mène à de la souffrance. Non, ici on parle de souffrance, et l’écrasante différence avec la douleur, c’est que la souffrance est un choix, c’est une réaction à nos attentes déçues, à nos attachements qui ont été arrachés, et à la dissolution de nos identifications. Oui je sais, dire que la souffrance est un choix va faire froncer quelques sourcils, mais accrochez-vous un instant et vous allez comprendre, bien évidemment sans garantie que cela ne sera pas agaçant quand j’affirmerai à nouveau que nous sommes tous fous.
Nous avons parlé de nos objets mentaux, de notre réalité, de nos valeurs et de nos croyances, et tous ces éléments que l’on considérerait comme étant au cœur de nos êtres, comme étant les briques construisant notre individualité, notre personnalité, notre être ; tous ces éléments ne sont en fait que des constructions subjectives, des illusions auxquelles nous avons tendance à nous accrocher comme à une bouée au milieu de l’océan.
On s’y accroche parce qu’on a peur, peur de ne pas exister, peur de ne savoir qui nous sommes au milieu de ces quelques milliards de bipèdes qui nous entourent, peur de ne pas savoir comment agir, comment se comporter, comment élaborer des relations avec les autres, comment réussir à être aimé et se sentir aimé.

Alors nous prenons nos illusions pour des réalités, nos réalités pour des vérités, et nos vessies pour des lanternes. Nous nous identifions à nos constructions mentales, ces identifications deviennent des attachements, et ces attachements sont les chaines qui nous lient à nos peurs.
C’est de ces chaines que naissent nos souffrances, justement parce que nous faisons le choix de nous y accrocher. Imaginez une personne qui souffre de ne pas se sentir libre alors qu’elle s’accroche aux chaines qu’elle a elle-même forgées. La souffrance est alors la résultante d’un décalage existant entre nos réalités personnelles et subjectives, et les réalités que le monde et les autres nous renvoient ; le décalage entre ce que l’on voudrait vivre et ce à quoi on se retrouve confrontés. Vous l’avez certainement remarqué, la vie ne nous renvoie pas toujours les situations et les événements qui vont dans le sens de ce que l’on voudrait vivre ou ressentir. Ce n’est pas une fatalité, mais simplement parce que l’on avait décidé que l’on voulait autre chose et que l’on refuse d’accepter de voir nos attentes déçues.
Mais notre plus grand problème est relativement simple, nous basons nos attentes en fonction des croyances que nous avons élaborées suite aux événements de vie que l’on a précédemment traversés. On a vécu quelque chose de pénible et on n’a pas eu assez d’argent, d’amour, ou de reconnaissance, alors on va déterminer que pour la suite on voudra plus, prenant évidemment le risque d’être déçu si la vie, les autres, ou la société ne vont pas dans notre sens.
Tout tient alors dans la différence, dans le décalage qui existe entre nos envies et nos besoins. Nos envies sont conscientes, élaborées en observant ce que l’on croit que les autres ont et ce que l’on croit que l’on a nous-mêmes, à l’inverse, nos besoins sont déterminés par nos croyances, que celles-ci soient conscientes ou inconscientes n’y change rien.
Et notre problème est que nous n’avons généralement pas conscience de l’existence de nos croyances ou de leur nature. De notre point de vue, il ne s’agit pas de croyances puisque nous les considérons comme des certitudes, des vérités absolues, inébranlables, et vérifiées par l’expérience.
S’il existait une culture dans laquelle l’adultère est une obligation qui doit être régulièrement respectée tout en restant parfaitement acceptable, le fait de tromper son ou sa partenaire n’occasionnerait aucune souffrance ou culpabilité. Depuis cette perspective, on comprend que ce n’est pas la manière d’agir qui est problématique, mais ce que l’on considère que cela implique, ce que l’on croit que cela veut dire.
Nous retrouvons nos croyances excluantes qui façonnent nos perceptions et nos comportements sociaux et dont nous parlions dans l’émission précédente. Lorsqu’une personne agit d’une manière qui est considérée comme nous étant nuisible, on choisit de tirer un conclusion nous concernant : je ne suis pas assez bien, je ne suis pas assez aimable,… on remet sa valeur en question. Cela mène à de la colère et du ressentiment. Si l’on reprenait l’exemple de l’adultère, la personne qui trompe n’agit pas contre la personne qui est trompée, elle ne fait qu’agir en réponse à sa réalité, à ses constructions mentales héritées et acquises, en aucun cas cela ne devrait raconter une histoire sur la personne trompée, sauf si cela existe en résonnance avec ses propres constructions mentales et réalités, telle une histoire parentale rendue difficile justement à cause d’un adultère.

C’est cela qu’implique le fait de ne pas avoir conscience de ses propres constructions mentales, de sa propre réalité, de ses croyances et de ses peurs, cela veut alors dire qu’on va nécessairement les subir. C’est en cela aussi que l’on peut affirmer que la souffrance est un choix. C’est un choix parce que l’on reste dans l’ignorance de ces constructions, parce qu’elles ne quittent pas la sphère de l’inconscient et que nous les laissons s’exprimer de manière presque automatique. L’argument selon lequel le choix étant inconscient alors ce n’est pas vraiment un choix, n’est pas acceptable, notre inconscient n’est pas une entité séparée de nous, nous choisissons de le laisser fonctionner et gérer nos comportements et nos réalités sans les remettre en question. Et puis, c’est tellement plus facile de dire ou penser que de toute manière tout ça, c’est la faute des autres, de dieu ou de l’univers ! Même si cela semble plus facile ainsi, cela implique aussi que l’on perd notre capacité à solutionner nos propres problèmes, et oui, si on remet la responsabilité de ce qui nous arrive entre les mains de quelqu’un d’autre, nous perdons la possibilité de nous en sortir. Mais revenons en à nos moutons.
Beaucoup de nos croyances les plus profondes sont construites sur d’anciennes souffrances, d’anciennes conclusions que l’on a pu tirer étant enfant par exemple.
Ces croyances vont nous pousser à la recherche de certaines choses, expériences et même personnes afin de pouvoir continuer à exister et rester cohérentes. Cela va induire des répétitions, des schémas similaires apparaissant dans nos vies, le fait de rencontrer certains types de personnes régulièrement,…
Lorsque nous laissons nos existences être gérées depuis notre pilote automatique, nous le faisons alors depuis d’anciennes croyances qui sont parfois liées à des traumatismes, des blessures, des peurs et des souffrances. Ces croyances sont des adaptations à ce que nous a mis en danger ou posé un problème un jour, et donc :
- Nous existons en réponse aux besoins imposés par nos souffrances et à nos automatismes inconscients.
- Nous n’existons plus en réponse aux envies de notre conscience.
Ainsi nait notre fameux décalage entre besoins et envies. Evidemment que l’on n’a pas envie de souffrir, que l’on n’a pas envie de traverser des épreuves de vie difficiles ou qu’il nous tombe des tuiles sur le coin de la tête, mais tant que nous laissons les commandes à nos fonctionnements inconscients, trop souvent basés sur des peurs issues des vieux dossiers de notre existence, alors on s’expose à la possibilité de devoir souffrir.
On ne peut pas parvenir à avoir la vie à laquelle on aspire si on laisse d’anciennes croyances décider pour nous de nos comportements, de nos pensées, de nos actions,… Il est essentiel d’apprendre à exister en conscience de nos propres croyances et de notre propre réalité.
Dans cet espace, on va retrouver 4 sources pouvant générer des souffrances du fait de ce décalage :
- Pas assez : on n’a pas assez de quelque chose, on n’est pas assez important, pas assez aimable, pas assez de reconnaissance, etc…
- Perdre : on avait un besoin qui était couvert et on perd l’accès, ce n’est pas forcément grave, mais cela remet certaines choses en question, et surtout, cela nous met dans une peur
- Manquer : c’est très proche de « pas assez », mais malgré tout différent, là ce sont nos ressources qui semblent nous faire défaut, notre survie même semble être affectée. Mais cela peut aussi aller dans une idée de manquer de moyen pour atteindre un niveau social particulier, et cela fera que tant que l’on manquera, on ne sera pas assez.
- Avoir/ne pas avoir : ici nos croyances s’expriment pleinement, surtout à l’approche d’un black Friday. Nous allons définir une part de notre être et même de nos souffrances en fonction de ce que l’on a ou de ce que l’on n’a pas. Imaginez l’idée du type qui regarde la nouvelle très grosse voiture de son voisin, il va étrangement regarder ce que lui n’a pas… ou pas assez, pouvant aller jusqu’à penser que cela raconte quelque chose de lui. Le piège avec cette source de souffrance, c’est que l’on peut les créer de toute pièce : je n’ai pas le dernier truc que la pub à la télé me montre, je ne savais pas qu’il existait il y a 5 minutes, mais maintenant j’ai l’impression que cela me manque tant que je ne l’ai pas.
La souffrance est donc bien générée par le décalage qui existe entre nos réalités construites et projetées, et tout que l’on vit au quotidien. Sans conscience de nos objets mentaux et de nos fonctionnements, de nos croyances et réalités, nous sommes condamnés à subir ces décalages et à se voir infliger de plus ou moins grandes souffrances. Nous souffrons à cause des illusions que nous avons créées pour parvenir à gérer nos peurs. Les choses dans la vie ne sont vraies que parce que l’on a décidé qu’elles étaient vraies, et on se heurtera aux croyances des personnes qui soutiennent qu’elles sont fausses. Ce n’est pas le monde qui nous fait pas souffrir, les autres ne nous font pas souffrir, nous souffrons de nos attachements. On ne se vexe pas de ce que quelqu’un a dit si on n’a aucune résonnance avec les propos en question. Il faut que cela vienne taper sur une blessure déjà ouverte pour que cela fonctionne. Nous ne sommes blessés que par nos propres incomplétudes, nos peurs et nos dévalorisations.
Notre vulnérabilité est nos illusions, cet objet mental que nous avons de nous-mêmes que l’on doit confronter au monde, et au final on n’existe que dans la projection que l’on fait de soi dans le regard des autres. Et nous sommes alors trahis par nos propres constructions mentales, celles que l’on avait justement élaborées pour nous permettre de vivre et de survivre dans le monde qui nous entoure.
Le Bouddha nommait cela Dukkha, généralement traduit par « souffrance », mais qui exprime aussi une idée d’insatisfaction, de malaise, de mal-être, ou de més-existence. Cette notion décrit la nature fondamentalement insatisfaisante de la vie conditionnée, c’est-à-dire une vie qui se base sur nos constructions mentales auxquelles nous nous soumettons inconsciemment. Plus qu’une simple douleur physique, c’est un constat métaphysique : rien de ce qui est impermanent, nos illusions donc, ne peut procurer une satisfaction durable.
Alors face au constat de notre propre mortalité et de la peur qu’elle nous inflige, cette idée de cessation de l’existence et d’une évaporation de toutes nos créations égotiques, alors nous choisissons trop facilement l’option de l’ignorance et de la distraction, faisant tout ce que l’on peut pour ne pas regarder nos peurs en face, tout en s‘accrochant à nos structures égotiques branlantes dans l’espoir qu’elles ne s’écroulent pas. On souffre, mais nous faisons tout pour ne pas sentir que l’on souffre, et on croise les doigts pour ne pas se faire rattraper par quelque chose que l’on n’arrivera pas à gérer.
Je vous le répète, nous sommes tous fous, mais nous avons peur. Pas nécessairement peur de mourir, mais trop facilement peur de vivre, peur d’être, alors qu’il est tellement plus facile d’avoir. On vit dans l’attente de la prochaine dose de satisfaction, un post bien liké, un selfie qui plait aux autres, un colis enfin livré, une petite dose qui vient nous rassurer quelques instants et nous permettre de tenir jusqu’à la suivante, même si on sait qu’il en faudra toujours plus et que cela ne sera jamais assez.
La souffrance est bien au cœur de nos existences, et j’ai conscience que ce n’est pas un sujet léger. Je pense que prochainement je vais plutôt parler de bonheur, ça sera plus sympa, mais je dois vous prévenir, le bonheur est réservé aux vrais fous, ceux qui ont jeté un œil dans l’abysse contenant leurs peurs et qui ont malgré tout décidé de sauter, je souhaite que cela soit le cas d’un maximum de personnes, un monde peuplé de fous. Pour toutes les personnes que ce sujet intéresse, je vous invite à retrouver mes travaux dans mes livres en librairie, et notamment « Le pouvoir du Non ».
En attendant une prochaine émission, je suis Sébastien Cazaudehore sur Radio Asso 100.7, et je vous souhaite d’embrasser pleinement votre folie pour qu’elle vienne libérer vos esprits et éclairer vos vies.






















