Quel étrange paradoxe

Est-ce que vous vous êtes déjà dit que c’était un étrange paradoxe que nous demander de vivre dans une société avec la meilleure cohésion possible tout en nous apprenant à cultiver la peur de l’autre. On aimerait penser que l’on grandit et que l’on vit dans l’amour de l’autre et que l’on chérit le lien qui nous unit à lui, mais dans la réalité, les personnes qui parviennent à faire cela ont réussi un tour de force. Tout est fait pour que ce lien soit le plus ténu possible et qu’il soit empreint de méfiance plutôt que d’un amour inconditionnel.

Ce n’est pas ce que l’on aimerait penser de nous-mêmes en tant qu’êtres humains, et pourtant, force est de constater qu’il est très facile de nous tourner les uns contre les autres. Après tout, nous vivons dans une société qui base son fonctionnement sur la manipulation des peurs des individus, mais cela ne veut pas dire que l’autre devient nécessairement une source de peur. L’autre est évidemment un autre être humain, un que l’on ne connait parfois même pas et que l’on ne croisera probablement jamais dans notre vie, ou un autre qui existe dans notre cercle, peu importe, l’autre est simplement quelqu’un que l’on n’a pas appris à aimer.

Quoi de mieux pour illustrer ce propos que la couverture d’Ira Levin pour Un bonheur insoutenable ?

Quel est le meilleur moyen pour une société qui fonctionne en se basant sur la manipulation des peurs des individus pour assurer sa stabilité et la cohérence de ses structures ? C’est lorsque les individus eux-mêmes génèrent leurs propres peurs, et décident de réguler les comportements des autres individus en fonction de ces peurs. On voudrait l’inventer que l’on n’oserait pas, et pourtant ça marche. On aurait pu baser toute notre mécanique sociétale sur un principe de mutualisme ou même de commensalisme, mais la compétition est tellement plus efficace ! En entretenant la peur de l’autre, l’autre étant la personne qui arrivera devant nous, qui aura le poste que l’on convoitait, qui a une plus belle voiture, plus de succès, qui sent meilleur parce qu’il achète le bon déo, plus cher, et pas de l’AirWick, ou tout autre personne qu’on aura jugé bon de nous désigner comme étant dangereux pour quelque raison que ce soit… alors on entre dans la lutte, on rejoint la mêlée pour essayer de tirer son épingle du jeu. On pousse et on bouscule, on jette des regards méfiants à ceux qui pourraient nous dépasser, on marche dessus parfois, on pavane et on déploie ses plus belles plumes pour impressionner et faire envie,… sans jamais se rendre compte que l’on joue tout seul, tout en entretenant le système même qui génère et entretien nos peurs.

Quelle tristesse et quelle misère que de voir toute cette énergie s’envoler pour nourrir des illusions et des promesses creuses, pire, pour entretenir ses propres peurs et celles des gens que l’on aime. Vous me diriez que ce n’est peut-être pas parfait, mais que l’on ne peut pas choisir le monde dans lequel nous vivons… ce à quoi je vous répondrais que vous pouvez toujours choisir la réalité dans laquelle vous vivez. Dans ma réalité, je les vois gesticuler, s’égosiller et se déchirer pour essayer de s’agripper à mes peurs, mais ils ne trouvent aucune prise. Fut un temps où ils y parvenaient encore à susciter une réaction de ma part, mais je préfère les laisser se scléroser dans leur peurs et leurs colères, et je préfère m’intéresser aux autres, ceux que j’ai appris à aimer et qui ont appris à regarder au-delà de leurs peurs.

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