La mort à vos côtés, un soutien au quotidien

Marcher la main dans la main avec la mort, la sentir présente au quotidien auprès de soi comme quelque chose de bénéfique, une force positive dans le monde des vivants, cela parait incongru ? Paradoxal ? Et pourtant c’est non seulement possible, mais aussi souhaitable.

Qu’est-ce que la mort finalement ? Pour certains c’est une finalité, pour d’autre une fatalité, pour l’un c’est un instant charnière, alors que pour l’autre c’est tout ce qui se passe après la fin de la vie… en croisant les doigts qu’il y ait bien quelque chose. La mort fait peur parce qu’elle s’accompagne d’un ensemble de questions profondes dont les implications se répercutent dans chaque aspect de la vie d’une personne, ne serait-ce que de savoir si effectivement il y a quelque chose après que le corps ait rendu son dernier souffle. Certains voudraient le croire ou espèrent avoir réussi à s’en convaincre, mais d’autres n’ont pas de doute, ils ressentent cette réalité comme un quale, dans leur chair. La mort fait partie d’eux. Etrangement, ce sont ces derniers qui vivent le mieux la réalité de la mort et qui l’acceptent le mieux dans leurs vies.

La mort est un concept, une idée dont seuls les vivants ont réellement conscience et peuvent souffrir. Ce concept marque l’instant d’un passage d’un état vers un autre, lorsque l’on quitte quelque chose de connu et familier pour plonger vers un inconnu total. Ce qui cause le plus de tourment avec cette idée de mort est qu’elle semble impliquer la disparition de notre réalité consciente, le fait de cesser d’exister, ou en tout cas de penser que l’on va cesser d’exister. Car il faut bien l’avouer, les seules personnes qui seraient capables de vraiment nous renseigner sur ce point ne sont plus là pour le faire. Est-ce qu’il y peut y avoir une survivance de notre conscience au-delà de cette transition, ou seule notre essence perdure, ou est-ce que l’information qui nous constitue se dissout totalement ? Peu importe finalement, il ne s’agit toujours pas d’une fatalité, la mort reste une transition.

La grande difficulté dans les cultures occidentales est de trouver où se trouve la place de la mort dans le quotidien des mortels. Cette place existait dans les philosophies occidentales avant d’en être effacées pour laisser la place à un dualiste, voire un matérialiste ne lui laissant plus de voix pour s’exprimer dans l’inconscient collectif (voire l’article précédent : « Le passage du corps à l’esprit dans la philosophie de l’intelligence agente« ). Cette conception n’a pas disparu, de même que le lien à l’imagination agente et à l’imaginal continuent d’exister en nous, c’est simplement que nous avons perdu la conscience de l’existence du lien qui nous y unit. C’est ce même lien qui nous unissait à la mort en tant que réalité existant au quotidien, accompagnant nos vies d’une manière saine et bénéfique. Dans cette conception philosophique, le monde imaginal et le monde des morts est perceptible, on le ressent comme on est capable de sentir un changement de température dans l’air ambiant.

Lorsque l’on est accompagné d’une telle philosophie, on vit nos vies pleinement, dans l’attente de pouvoir un jour accueillir la venue de la mort à bras ouverts. Dans une telle optique, une personne n’a pas besoin d’avoir atteint un âge canonique pour accueillir la mort avec plaisir (trop souvent une conséquence d’une envie que les choses s’arrêtent, d’une fatigue de vivre), mais peut être toujours prête pour elle. Certes, le plus tard est souvent le mieux, surtout si cela veut dire que l’on peut profiter des plaisirs de la vie le plus longtemps possible, mais cela ne sera un problème uniquement si l’on n’a jamais pris le temps de vivre réellement. Vivre réellement ne veut pas dire que l’on a réussi à courir après les petits plaisirs, que l’on a bien rempli le temps que l’on avait, ce n’est jamais lié à quelque chose de quantitatif, mais de qualitatif. C’est le comment on a aimé, et comme on a été aimé qui importe, quelles sont les choses que l’on a réussi à comprendre et comment cela nous a changé, comment cela nous a permis de grandir. C’est ce qui fait que l’on peut, à n’importe quel âge, regarder en arrière et ressentir de la fierté à ce que l’on peut observer. Une fierté pour des choses qui existent loin de tout illusion matérielle, une fierté d’avoir croisé ce qui nous a fait grandir et d’avoir su les inviter dans nos vies pour leur faire une place.

La mort n’est jamais difficile que pour les vivants, ceux qui doivent faire face à l’absence du corps, à l’absence du contact et des histoires qui ne se racontent et ne se construisent plus. Les morts continuent d’exister dans les consciences des vivants, comme autant de souvenir qui permettent d’entretenir un lien avec le corps absent. Parfois ce lien devient trop fort, et les vivants sont hantés par les morts, et les vivants vivent dans la mort en oubliant de vivre. A vivre dans la peur de la mort et de perdre les illusions dont on s’entoure pour se rassurer et ne plus sentir la vacuité de nos existences, on ne fait plus que vivre dans l’attente de la mort, et elle arrivera sans que l’on n’ait vraiment vécu.

Si la mort redevient le passage qu’elle a toujours été, une transition d’une aventure à l’autre, elle viendra alors s’intégrer dans nos vies et nous soutenir à chaque instant pour nous permettre de toujours distinguer les illusions de ce qui a une véritable importance. Pour nous permettre de vivre.

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