Le Bardo Thödol, le livre des morts tibétain

Le Bardo Thödol a été un ouvrage majeur dans l’écriture de « L’apologie de la mort » en cela qu’il est venu apporter un éclairage issu d’une sagesse séculaire sur une question certainement éternelle. Ce livre ne vient pas offrir de dogme ou de contraintes, c’est un guide d’accompagnement des défunts et des vivants dans leur voyages au travers de la mort, et de la vie.

« C’est cette volonté d’accompagnement qui est particulièrement intéressante avec le Bardo Thödol : les textes ne sont pas là pour aider le défunt à trouver des moyens de repousser la mort ou de se faufiler au travers des différents pièges tendus, mais pour l’inciter à se détacher des attraits de l’incarnation dans la matière. En reconnaissant les illusions créées par le mental, le défunt prend conscience des réalités essentielles qui lui permettront peut-être d’échapper aux réincarnations perpétuelles. La démarche consiste donc à tendre vers une amélioration de la qualité de l’âme pour être le mieux préparé possible au voyage dans le royaume des morts. C’est une démarche essentiellement métaphysique pour que tous, morts ou vivants, dépassent ces illusions du monde qui causent les cycles de réincarnations, pour sublimer la mort et que l’âme accède au Nirvana, la vie spirituelle ultime.

Le Bouddhisme a été fondé par Siddhârta Gautama il y a environ 2500 ans. Il était issu d’une lignée princière (les Shâkya), mais décida de renoncer aux avantages procurés par sa famille et, après plusieurs années d’ascèse inutile, choisit de se dédier entièrement à la méditation. Après quarante-neuf jours de réflexion profonde sous l’arbre « Bodhi », il perça le mystère de la souffrance et atteignit l’illumination. Siddhârta devint alors un « Bouddha », ce qui signifie un « éveillé », et il commença à enseigner.

Cette doctrine se voulait être une solution philosophique à la douleur et à toutes les problématiques qui lui sont liées. Il n’y avait aucune mention ou spéculation sur l’existence ou la non-existence d’un Dieu, et même si le bouddhisme n’est pas une véritable religion, il est souvent perçu en tant que tel et diffusé dans le monde entier. De cette expérience de l’illumination atteinte grâce à la méditation, Gautama formula sa théorie des « Quatre Nobles Vérités » :

  • La vérité de la douleur, comme synonyme de l’attachement à l’existence terrestre, et la captivité de la chaîne des renaissances.
  • La vérité sur l’origine de la douleur, notamment l’aspiration et la recherche de joie, désir et possession.
  • La vérité sur la cessation de la douleur: la destruction de la soif existentielle.
  • La vérité sur le chemin qui mène à la cessation de la douleur. Cette voie s’appelle le « Noble Sentier Octuple » dont les huit étapes sont les suivantes: La compréhension juste. La pensée ou l’intention juste. La parole juste. L’action juste. Les moyens d’existence justes. L’effort juste. L’attention juste. La concentration juste.

Chacun peut parvenir à l’illumination en suivant ce « noble sentier octuple ». Même de notre position, où nous avons travaillé à ces questions durant des années durant notre activité chamanique avec l’Ayahuasca, nous voyons beaucoup d’avantages à faire ces expériences par le biais de la méditation, nous reviendrons sur ces raisons, notamment dans le chapitre en question.

Le Bardo Thödol, est un ouvrage composé en se basant sur les enseignements du Bouddhisme Mahayana, dans son expression tibétaine particulière appelée Vajrayana, l’un des trois courants dans la pratique du Bouddhisme. Dans la tradition bouddhiste tibétaine, et particulièrement en ce qui concerne le cycle des réincarnations, il y existe six mondes et six époques de la vie. Il y a aussi six passages à franchir pour se libérer du cycle perpétuel des réincarnations et atteindre l’état de bouddha afin d’accéder au Nirvana. Trois concernent les vivants, entre le moment de la naissance et celui de la mort ; les trois autres entre le trépas et la nouvelle naissance. Le Bardo Thödol contient les instructions nécessaires pour parcourir ce chemin, et même s’il semble insister particulièrement sur la seconde partie, les six Bardos sont essentiels dans ce cycle de la vie.

Le mot bardo (littéralement, « bar » qui signifie « entre », et « do » « île », ou « marque ») désigne un espace entre les choses, un état intermédiaire ou même l’incertitude. C’est l’intervalle, la transition qui existe entre deux états définis. Certaines personnes comparent un bardo à l’instabilité qui existe entre deux pas lorsque l’on marche, cet instant où l’équilibre est incertain lorsque les deux pieds ne sont plus posés au sol, ou même à l’aurore ou au crépuscule qui annonce les changements d’état. Dans le grand processus qui existe entre la mort et la naissance, dans ce cycle des renaissances et des réincarnations, il existe donc six Bardos, six états intermédiaire qui sont comme des rites de passage pour les âme qui parcourent encore ce cycle :

  1. La vie entre la conception et la mort. Le premier bardo se situe dans l’intervalle qui existe entre le moment où l’âme entre dans la matrice maternelle et le moment de l’extinction de l’existence physique. Dans la tradition tibétaine, l’âme réincarnée n’est pas vierge à la conception mais marquée par les empreintes karmiques laissées par les actes commis dans les existences passées. C’est la qualité de ces empreintes qui va déterminer la durée de la nouvelle incarnation. Les actes et les hasards de la vie actuelle vont y ajouter leurs propres empreintes.
  2. Le rêve. Ce deuxième Bardo se situe sur un plan plus subtil, il est l’expression actualisée de toutes ces empreintes karmiques dans le corps mental. Dès la naissance, l’âme incarnée prend conscience du monde extérieur à travers les sens. Durant le sommeil, ces parcelles de conscience rejoignent la conscience basale (alaya vijnâna). Elles s’éveillent et déterminent les types et la nature des rêves. Elles marquent la conscience de base puis se résorbent en elle.
  3. La concentration. Le troisième Bardo est l’espace dans lequel agit le processus purificateur volontaire de concentration et de méditation qui pourra permettre à la qualité divine de l’âme de s’exprimer. C’est dans cet état intermédiaire qu’il devient possible d’agir pour améliorer son karma et s’échapper du cycle des réincarnation.
  4. L’agonie. Le quatrième Bardo, le Tchika Bardo ou Bardo de l’agonie, est celui des moments entourant la mort. Le moment de la mort survient quand le karma est épuisé. L’âme et le corps mental se séparent du corps physique et il n’y a plus de réveil. Le processus de mort dure environ trois jours et demi. C’est la période des dissolutions.
  5. La luminosité. Le cinquième Bardo est dit de la Dharmatä. C’est celui de la nature intrinsèque de la réalité absolue ou divine. Après la dernière dissolution, l’âme expérimente la lumière, l’ineffable clarté de la divinité ultime. Pour les mystiques, cette période peut durer très longtemps, mais pour les êtres ordinaires, elle s’efface aussitôt pour faire place au dernier Bardo.
  6. Le devenir. Le sixième Bardo est le Bardo de l’orientation. C’est un passage dramatique qui détermine l’avenir prochain de l’âme du défunt. Son corps mental va s’orienter dans des états infernaux purificateurs ou paradisiaques. En fonction de l’évolution des charges karmiques réalisée dans la vie achevée, la nouvelle naissance va se faire, soit dans un corps physique éventuellement encore plus grossier, soit dans un corps mental plus subtil.

Donc trois Bardos pour les vivants et trois Bardos pour les défunts. Ce que l’on pourrait être amené à penser, c’est que les expériences de mort, dans leur version limitée, se déroulent dans les deuxième et troisième Bardos, « le rêve » et « la concentration ». Mais nous serions plus probablement enclin à penser que toutes, complète et intense ou pas, dues à une imminence de mort ou pas, appartiendraient au Bardo de l’agonie, le Tchika Bardo, même si la notion faite d’un karma épuisé et de l’impossibilité du réveil suggèrerait plutôt qu’il s’agisse d’un espace d’où il n’y aurait pas de retour possible. »

Extrait de « L’Apologie de la mort », Sébastien Cazaudehore

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